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    Find out what I'm doing, Tabbe3ni :p :)

31/05/2012

من يشنّ حربا على المسلمين؟

ها أنت أيضا تجمع وتحكم بصفة عامة...لا يهمني موقفك ورأيك وفكرك ما احترمت القانون واحترمت حقّي في اختلافي عنك...أنا مسلمة وأنت مسلم وغيرنا يقول إنه مسلم ويقتل ويغتصب ويقذف وآخر يقول إنه مسلم ويسلك أحسن السلوك

رابع يقول إنه مسيحي وخامس يقول إنه يهودي وسادس يقول إنه إباظي وسابع يقول إنه شيعي وثامن يقول إنه بوذي وتاسع يقول إنّه إلخ

المهم عندي الإطيقا أي القيم الأخلاقية العليا...ليست كل صلاة تنهى عن الفحشاء والمنكر...ولكن المشكل ليس في الصلاة...وليس كلّ سلفيّ عنيفا...وليس كلّ سلفيّ حليما...أرجو أن نتعلم التعايش في إطار الاحترام

احترام الاختلاف أساسا...وفي الآخر نحن نأتي الله تعالى فرادى كما يقول هو...مشكلتنا أننا لا نعطي الفرد قيمة فمشكلتنا الجماعة

ولكن هذه قضية أخرى

Tunisie : Olfa Youssef, «Que cette jeunesse assoiffée de liberté soit assoiffée de tolérance»

  • Grande intellectuelle tunisienne et écrivaine, la directrice de la Bibliothèque Nationale nous livre ci-après quelques réflexions sur l’avant et l’après Révolution tunisienne.
  • WMC : En tant que femme d’abord, en tant qu’intellectuelle ensuite, quelles ont été vos premières impressions lors de la Révolution?

    Olfa Youssef: Je vous répondrai en tant que citoyenne tunisienne, tout simplement. Au fait, comme la plupart des Tunisiens, je sentais qu’il y avait ces dernières années un malaise social sous-jacent, et que derrière les festivités politiques pompeuses, séjournait un creux profond et que derrière la prolifération des signifiants gisait une quasi-absence de sens. Le dernier article que j’ai écrit avant la révolution, évoquait la relation entre gouvernants et gouvernés, et indiquait que la relation entre ces deux instances est dialectique, l’une étant réflexion de l’autre; cependant, j’ai affirmé que si l’une des deux composantes n’arrivait plus à réfléchir l’autre, l’équilibre serait rompu, et le changement deviendrait inéluctable.

    Il est vrai que le régime tunisien n’arrivait plus à représenter le peuple tunisien et j’ai expliqué cette rupture dans le premier article que j’ai écrit après la révolution: Totem et tabou. Mais loin des réflexions d’intellectuelle, mes premières impressions étaient d’ordre méditatif et spirituel. Je me suis remémoré Shopenhauer et son fameux concept de Volonté, qui stipule que l’explication du monde échappe à la causalité rationnelle. La soudaineté de la révolution et la manière dont elle a évolué confirment ma croyance profonde, présente dans pas mal de mes écrits, que le monde est gouverné par une force divine, de la même manière que nous sommes gouvernés par l’inconscient.


    Et que si l’une et l’autre, en confirmant les limites de notre entendement, appellent à plus d’humilité humaine, il va sans dire que la résultante de toute vanité et illusion de puissance, bien présentes chez l’ancien régime, ne peut conduire qu’au désastre.

    Diriez-vous que c’est aussi une révolution culturelle? Si oui, dans quelle mesure?

    Cela dépend bien sûr de l’acception que l’on donne au terme : culturel. Dans son sens primaire, s’opposant au naturel, cette révolution ne peut être que culturelle dans la mesure où le ras-le -bol quasi général a été une cause première de cette révolution. Autant les humains affectionnent une certaine routine, synonyme de repères, autant ils ont un besoin culturel viscéral de changement. Et le régime déchu, qui paradoxalement, se pavanait du terme «changement», n’a pas compris qu’il ne pouvait lui-même être en dehors dudit changement. Après des années, le terme sonnait creux, car les Tunisiens ne voulaient plus entendre le terme ‘‘changement’’, ils voulaient en vivre les effets. Je me souviens qu’avant deux mois de la révolution, j’avais écrit sur mon profil facebook cet adage: «J’ai voulu faire du changement, mais j’ai fait comme les autres»; ce que je crains pour la révolution, se situe dans le même ordre d’idées. L’instant révolutionnaire ne peut durer éternellement, et le relais de la stabilité, certes souple et dans l’alternance, doit nécessairement prendre le relais.

    Qu’est-ce qui, d’après vous, pourrait changer sur le plan culturel?

    Essentiellement, plus de libertés à tous les niveaux : livres, cinéma, théâtre etc. Pour l’homme (ou femme) de culture, il ne doit pas y avoir de tabous. Il va sans dire qu’il y aura toujours une loi garante du mauvais usage de la liberté pour calomnier ou diffamer, car liberté ne rime point avec chaos. Ceci dit, l’art dans toutes ses composantes doit être subversif. Je suis toutefois consciente qu’à la censure officielle, pourrait se substituer une censure de la masse, ou de ce qui est nommé : sens commun, j’en sais quelque chose, mais le rôle de l’homme de culture sera malgré tout de pousser les limites afin qu’on puisse, nous aussi, avoir notre révolution culturelle.

    Comment expliquez-vous le silence des intellectuels 23 ans durant?

    Déjà, il faudrait que l’on fasse attention à certains clichés qui commencent à fleurir dans nos médias ici et là, et que votre question rappelle. Premier cliché: «parler de 50 ans de dictature». Je suis désolée d’appartenir à ceux qui ne mettent pas les régimes de Bourguiba et de Ben Ali dans le même sac, il y a des divergences, ne serait-ce qu’à cause des périodes historiques différentes qui nécessitaient une gestion différente, et à cause de l’évolution des mœurs, des mentalités et des moyens de communications. L’histoire n’est jamais linéaire. Et dans ce sens, le régime de Ben Ali entre 1987 et 2011, n’était pas homogène, et cette homogénéité illusoire est le second cliché erroné.

    Je ne vois pas pourquoi un intellectuel aurait tiqué en 1988 par exemple alors que la lune de miel battait son plein entre l’Etat et le peuple. L’heure était, souvenez-vous, à la cohésion nationale (musalaha wataniyya), et les gens étaient heureux de sortir d’un régime qui a duré quand même 31 ans.

    Je pense que la rupture entre l’ancien régime et les Tunisiens eut lieu dès que l’on a touché à la Constitution. C’était un peu une promesse non tenue, et les Tunisiens de réaliser qu’ils étaient bernés, voire leurrés et qu’une nouvelle présidence à vie était en passe de se mettre en place.

    Pas mal d’intellectuels ont proposé des critiques et émis des réserves concernant la gestion politique de la Tunisie ces dernières années. Chacun de sa part, de manières différentes, des plus virulentes aux plus conciliantes. Ce qui m’étonne, ce n’est pas le silence de certains intellectuels, à supposer qu’il existe, c’est plutôt le fait que certains intellectuels aient mis leur plume au service du régime ces dernières années où l’injustice et la corruption battaient leur plein. Est-ce la peur? Le désir de s’approcher du pouvoir? Une certaine conviction conservatrice ? Je n’en sais rien. Dans une visée strictement personnelle, je sais qu’en ayant ma plume toujours libre, je n’ai eu aucun problème à part quelques rappels à l’ordre du genre très soft. La dernière en date concernait un article que j’ai écrit critiquant la censure sur Internet et qui m’a valu, à part la censure dudit article, une audience avec un ministre en place qui m’avait demandé de ne pas «aider» l’opposition, j’ai répondu que je n’appartenais à aucun parti et que mon vrai boss était mon cartable, étant universitaire, que nul régime ne peut démunir de ses diplômes.

    Est-ce que le retour de Ghanouchi, leader d’Ennahdha, vous effraie?

    Et pourquoi m’effraierait-il? J’étais jeune à l’époque où il a quitté le pays et pas mal de mes amis étaient (certains le sont encore) sympathisants avec l’idéologie qu’il embrassait. Cet homme est Tunisien, il a le droit à l’expression tant qu’il ne m’ôte pas le mien. Je le respecte tant qu’il me respecte. Et notre seul horizon commun, c’est la loi tunisienne que nul n’a le droit d’enfreindre.

    D’ailleurs, je me rends compte de plus en plus aujourd’hui que les Nahdhaouis sont des partenaires de débat intéressants, tout simplement, car la plupart appartiennent à la génération du régime Bourguiba, où l’éducation était d’une grande qualité. Ils ont lu des livres, connaissent des théories et ont un minimum d’éthique de discussion. D’ailleurs, je débattrai volontiers avec l’un d’eux même en public. Je suis certaine que cela serait un débat fructueux.

    Par contre, ce qui m’effraie ce sont certains jeunes qui n’ont rien lu, qui ne connaissent même pas le mot «éthique», cela va sans dire qu’ils n’en connaissent pas le sens, et qui se mettent à insulter et à juger un écrivain, sans avoir lu, ne serait-ce qu’une ligne de ce qu’il écrit. J’ai eu l’occasion de «discuter» avec eux sur ma page «Facebook», et j’en sors toujours avec la même idée obsessionnelle: la faillite des choix de l’éducation de l’ère Ben Ali.

    Comment voyez-vous la Tunisie de l’après 14 Janvier sur le double plan culturel et religieux?

    Je ne prétends pas être visionnaire, mais, étant optimiste de nature, je crois que cette révolution sera bénéfique sur le plan culturel, et que si le Tunisien apprend à conjuguer le verbe «être libre», il ne pourra s’en suivre que plus de tolérance sur le plan religieux. Ce qui m’inquiète, par contre, car nécessitant un travail plus profond et un programme plus élaboré, est la peur d’un échec sur le plan éthique. Je l’ai dit dans pas mal de mes articles, et le redirai probablement à maintes reprises: Si de cette révolution contre la dictature, la corruption et l’injustice, naissait un autre type de dictature, celui de la masse et du sens commun, un autre genre de corruption, celui de vouloir s’arroger tous les droits pour soi et ses proches, et une autre instance d’injustice, celle de se permettre de parler et de faire taire toutes les différences (je fais allusion à ce qu’ont vécu messieurs Chebbi et Ibrahim entre autres), alors, je dirais que cette révolution n’aura en fin de compte que reconduit le même modèle du régime déchu, mais sous d’autres noms.

    J’espère que cette jeunesse assoiffée de liberté saura être aussi assoiffée de tolérance et d’amour d’autrui, quel qu’il soit.




















































































































































































































































  • 30/05/2012

    و اللّه أعلم : سلسلة كتب جديدة للدكتورة ألفة يـــوسف


    Sept nouveaux petits livres du docteur Olfa Youssef, dans une série intitulée:
    "WAllahu A3lam"

    و اللّه أعلم

    ...Disponibles pour le moment aux librairies "Al-Kitab" et "Gai savoir" au centre ville Tunis...Bientôt plus de détails et de points de vente

    Merci
    Article Alsabah

    "والله أعلم" سلسلة جديدة لألفة يوسف

    اعتماد حوار خلافي بين صديقين في مسائل دينية


    "إننا بهذه السلسلة البسيطة لا نسعى إلى تقديم جواب نهائي لأننا نؤمن أن لكل شخص جوابه وأن لكل مقام مقاله. ونحن بذلك نُخالف الكتيّبات التي تدعي تقديم حقيقة والتي يتموضع كاتبها موضع العالم مطلقا وقارئها موضع المتقبّل المطلق."

    هذا ما أشارت إليه المفكرة والباحثة التونسية ألفة يوسف في مقدمة كتيب «في تعدد الزوجات» الذي يندرج ضمن سلسلة «والله أعلم» وهي سلسلة تُصدر لأول مرة لتتطرق إلى العديد من المسائل الدينية التي أثارت جدلا كبيرا لأنها محل تأويل ونقاشات مردها تفاسير مختلفة للنص القرآني على غرار مسألة «الحجاب» و«زواج المسلمة بالكتابيّ» و«حدّ السرقة» و«الخمر» و«الإعدام»..

    كما أنّ هذه السلسلة تعتمد حوارا خلافيّا في المواضيع السالف ذكرها بين صديقين، وهي طريقة بينت ألفة يوسف في الصفحات الأولى من كتيب «في تعدد الزوجات» أنها طريقة تتجنب المقالات المطولة حرصا منها على تشجيع الشباب-على وجه الخصوص- على المطالعة، وطريقة تعكس رأي صاحبتها التي تؤمن بالحيوية والجدل واختلاف وجهات النظر في الموضوع الواحد. وقد بينت الكاتبة في شكل تنبيه أن أقوال الشخصيتين لا تعكس آراءها بالضرورة وإن ثمة تشابه في الأفكار فهو من محض الصدفة.


    وإن أخذنا «في تعدد الزوجات» كمثال نلاحظ أن ألفة يوسف توظف العديد من الآيات من سورة النساء وهي آيات يختلف في تأويلها المتحاوران في الكتيب ولكن بأسلوب بعيد عن التعصب والتمسك بالرأي الأحادي ليرد أحد المتحاورين على مناظره في إحدى النقاط»يا سيدي أنا لا أشكّك في شيء أدعوك إلى أن ننظر معا في الآية الثالثة من سورة النساء..إضافة الى الحديث خلال الحوار حول مسائل تتعلق بالزواج كالكبت الجنسي والنموذج المجتمعي القائم على تعدد الزوجات..

    تجدر الإشارة إلى أن المصادر التي استندت اليها الفة يوسف في هذه السلسلة عديدة كـ «جامع البيان في تأويل القرآن» لأبي جعفر محمد بن جرير الطبري و«أحكام القرآن» لابن عربي و»الدرّ المنثور في التفسير بالمأثور» لجلال الدين السيوطي و»إحياء علوم الدين» لأبي حامد الغزالي و«الكشّاف عن حقائق التنزيل وعيون الأقاويل في وجوه التأويل» للزمخشري..


    وليد عبدلاوي

    Mohamed Saws, ce méconnu


    L'intitulé de ce papier peut paraître provocateur. En effet, comment Mohamed, le prophète des musulmans et le dernier messager entre Dieu et les hommes serait-il méconnu; comment Mohamed l'un des plus grands hommes de l'histoire serait-il méconnu?

    Cet article prétend que pas mal de musulmans aujourd'hui oublient ou éludent ce qui est essentiel dans la personnalité du prophète. Ceci est une lecture subjective, et je l'assume…

    Si l'on se réfère au Coran, on trouve que les attributs du prophète mis en avant dans le texte sacré des musulmans sont les attributs éthiques. Dieu affirme d'une manière explicite en parlant à son prophète: "Tu es doté d'une éthique exemplaire"(sourate68, verset4)[1]. Le prophète lui-même dans un hadith célèbre et reconnu aurait affirmé que sa mission consistait à instaurer des préceptes éthiques: "L'objectif de mon message est de "finaliser" les préceptes éthiques"[2]. La structure du hadith en arabe laisse même entendre que cette finalisation éthique est le seul objectif du message prophétique, l'usage du "innama" restrictif en arabe le confirme.

    Certaines manifestations de cette éthique sont propagées dans le Coran. Mohamed n'est jamais valorisé en tant que guerrier ni en tant qu'ayant une certaine suprématie qui lui permettrait d'obliger les gens à se convertir à l'islam. Bien au contraire, son rôle est de rappeler aux gens le droit chemin de l'éthique justement, et non point de les obliger à le suivre. "…Avertis les, tu n’es donc qu’un avertisseur, et tu n'as point à les assujettir." (Sourate 88, versets 21 et 22)[3].

    Dieu rappelle à son prophète maintes fois qu'il est incapable de forcer les gens à être croyants quand même il le voulait bien[4]. Le verset 99 de la sourate 10 l’explicite : " Si ton Seigneur l’avait voulu, tous ceux qui sont sur la terre auraient cru. Est-ce à toi de contraindre les gens à devenir croyants ?" (Sourate10, verset 99). C'est Dieu qui est source de la "hidaya" (le fait de guider sur le droit chemin); le prophète, pas plus que tous les autres humains, n'y peut rien : « Dis : L’argument décisif appartient à Dieu. S’Il avait voulu, Il vous aurait tous guidés sur le droit chemin » (sourate 6, verset 149)[5].

    Le point nodal de l'éthique du prophète se situe donc dans cette conscience profonde de la limite de la volonté humaine par rapport à la volonté divine; le prophète arbore cette humilité essentielle à l'homme qui a la foi. Celui-ci, en effet, renonce à la super puissance imaginaire et réalise que c'est Dieu seul peut s'en targuer.

    Ce renoncement qui est l'essence de l'éthique musulmane, confirme que le rôle de l'homme n'est en rien de changer les autres selon une image ou un précepte préconçus, mais de vivre avec les autres dans leur différence voulue par Dieu, de faire et d'agir tout en sachant que le résultat de ses actes ne dépend pas seulement de sa volonté humaine.

    A l'opposée de la conception existentielle de la condition humaine qui suppose que si l'on veut, on peut, la conception de la condition humaine en islam est basée sur le couple liberté et la responsabilité d'une part, et le couple action et renoncement d'autre part…C'est cette éthique que le Coran prône pour Mohamed, et c'est cette éthique qui est véhiculée par le comportement et les actes de ce dernier…En effet, le prophète a toujours soutenu la liberté et la responsabilité. A l'homme qui serait venu le voir pour lui dire qu’il avait vu un couple commettre l’adultère, le prophète aurait répondu : pourquoi ne les a tu pas recouverts de ton habit?. Cette réponse surprenante à première vue ne fait que confirmer que tout homme est libre et responsable de ses actes devant le Seigneur et que les hommes n'ont à s'immiscer dans les actions des autres que si celles-ci violent la loi collective, et non point si elles sont de l'ordre des libertés privées

    Par ailleurs, Un autre 7adith loue tacitement le renoncement à vouloir changer l'autre, une partie de l'altérité étant intrinsèquement inatteignable. L’attitude du prophète vis-à-vis de l’homme venu se plaindre de sa femme le confirme. Cet homme serait venu voir le prophète afin de lui dire que tout en étant fatalement amoureux de son épouse, il était malheureux car celle-ci ne se gênait point d’avoir des aventures passagères avec d’autres hommes. Le prophète a proposé à cet homme de divorcer ce que celui-ci refusa en insistant qu’il aimait sa femme et ne pouvait en aucun cas s’en séparer, le prophète lui demanda alors tout simplement de garder son épouse et de l’accepter telle qu’elle était[6]. Ce khabar rapporte que l’homme tout en se plaignant d’un «défaut » dans le comportement de sa femme, n’acceptait pas de s’en séparer et demandait le changement de ce « défaut », mais le prophète lui déclare que ce changement est impossible.

    De cette croyance au libre arbitre et de ce renoncement à la super puissance imaginaire, naît la bienveillance et l'affabilité qui caractérisent le prophète, il n'exhorte au chemin de Dieu que par la sagesse et la bonne parole[7]. Le rapport à l'autre n'est alors en aucun cas un rapport de force, mais d'échange. En réalisant ses limites, l'homme réalise du coup que la seule relation qu'il peut avoir avec son semblable est la relation entre sujets parlants. La parole est non seulement constitutive du sujet, mais elle est le seul lien possible entre les humains, et c'est de l'échange de cette parole que naît le changement qui n'est ni l'apanage de celui qui parle ni de celui qui écoute, mais du lieu qui structure les humains en tant que sujets de parole.

    Cependant, si l'éthique de l'islam incarnée par Mohamed a pour point d'orgue l'humilité, celle-ci ne se manifeste pas seulement à travers la seule conscience des limites, mais également à travers l'acceptation de tous les attributs humains dont la sexualité. Mohamed a souvent été attaqué par ses détracteurs à cause, entre autres, de ses 2 mariages avec Aicha la jeune et Zaynab la femme de son fils adoptif. Si le premier mariage ne peut être envisagée en dehors de son historicité en évitant l'anachronisme, le second n'est en rien "gênant", Tabari, réputé par son penchant à compiler tous les akhbars n’a pas trouvé nécessité à purifier le prophète de son admiration pour Zaynab qui serait une attirance normale susceptible d’être attribuée à un homme qui se nourrit de mets et qui circule dans les marchés[8]. L’attitude justificatrice de certains contemporains se ressource dans une lecture rigide des lois se muant parfois en une lecture erronée s’opposant aux préceptes du coran où la sexualité n’est point un tabou et où la chasteté, base de l’institution cléricale n’a aucun lieu d’être[9]. D'ailleurs il est un hadith connu du prophète qui exprime le lien étroit entre les plaisirs profanes et les plaisirs sacrés. Mohamed aurait dit: "Dans votre bas monde, Allah m'a fait aimé le parfum et les femmes, et le comble de ma satisfaction réside dans la prière"[10]. Bon nombre de traducteurs ajoutent un "mais" d'opposition entre l'amour du parfum et des femmes d'une part et celui de la prière d'autre part. Ceci est dû à leur ferveur à vouloir instaurer une opposition inexistante entre le profane et le sacré.

    Si Mohamed, est selon moi, le meilleur des humains, c'est qu'il a justement compris qu'il n'est qu'un humain parmi les autres. "Dis, je ne suis qu'un être humain comme vous qui a accès à la Révélation…" (Sourate18, verset 110)[11]. Il est l'incarnation éthique de la condition humaine en islam: L'Homme est libre et responsable de ses actions, mais ne peut en aucun cas se leurrer de jouer le rôle dévolu à Dieu Seul, à savoir juger les autres ou les obliger à suivre un chemin quelconque.

    Il est pour le moins tragique que Mohamed soit méconnu dans cette dimension si intrinsèque. Il est d'autant plus tragique que certains de ceux qui se disent les descendants du prophète violentent les autres et les assassinent au nom de la volonté divine, pour les ramener vers ce qu'ils considèrent comme le droit chemin, faisant fi de la parole explicite de Dieu: "Ce n'est pas toi qui guide ceux que tu veux guider, mais C'est Dieu qui guide qui Il veut" (Sourate 28, verset 56)[12].

    Par ailleurs, il est tout aussi tragique de voir certains de ceux qui se disent descendants du prophète bannir l'art, l'amour, la séduction et la joie de vivre, et présenter l'islam qui est un hymne à la vie et qui ne dénie en rien les plaisirs humains comme étant une religion d'austérité et de mort…

    Dans les deux cas, demeure méconnu Mohamed, l'homme simple, jouissant autant de la prière que des simples plaisirs d'ici-bas, sachant que son rôle se limite à appeler au droit chemin avec amour et bienveillance. N'est-il pas temps de réhabiliter l'éthique de Mohamed, et de rappeler encore et toujours qu'il est innocent des crimes que certains pourraient commettre en son nom?

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    [1] وَإِنَّكَ لَعَلَى خُلُقٍ عَظِيمٍ: القلم68/4.

    [2] إنّما بعثت لأتمّم مكارم الأخلاق

    [3] فَذَكِّرْ إِنَّمَا أَنْتَ مُذَكِّرٌ- لَسْتَ عَلَيْهِمْ بِمُسَيْطِرٍ: الغاشية 88/21-22.

    [4] وَلَوْ شَاءَ رَبُّكَ لَآَمَنَ مَنْ فِي الْأَرْضِ كُلُّهُمْ جَمِيعًا أَفَأَنْتَ تُكْرِهُ النَّاسَ حَتَّى يَكُونُوا مُؤْمِنِينَ (يونس10/99)

    [5] قُلْ فَلِلَّهِ الْحُجَّةُ الْبَالِغَةُ فَلَوْ شَاءَ لَهَدَاكُمْ أَجْمَعِينَ 6/149

    [6] Sunan Annasai, Beyrout, Dar Al-jil 1987, t-6, p-69.

    [7]." ادْعُ إِلَى سَبِيلِ رَبِّكَ بِالْحِكْمَةِ وَالْمَوْعِظَةِ الْحَسَنَةِ وَجَادِلْهُمْ بِالَّتِي هِيَ أَحْسَنُ...":النحل16/125.

    [8]. وَقَالُوا مَالِ هَذَا الرَّسُولِ يَأْكُلُ الطَّعَامَ وَيَمْشِي فِي الْأَسْوَاقِ لَوْلَا أُنْزِلَ إِلَيْهِ مَلَكٌ فَيَكُونَ مَعَهُ نَذِيرًا: الفرقان 25/7

    [9] Abdelwahab Bouhdiba : La sexualité en Islam,

    [10] حبّب إليّ من دنياكم الطّيب والنّساء وجعلت قرّة عيني في الصّلاة.

    [11] قُلْ إِنَّمَا أَنَا بَشَرٌ مِثْلُكُمْ يُوحَى إِلَيَّ أَنَّمَا إِلَهُكُمْ إِلَهٌ وَاحِدٌ فَمَنْ كَانَ يَرْجُو لِقَاءَ رَبِّهِ فَلْيَعْمَلْ عَمَلًا صَالِحًا وَلَا يُشْرِكْ بِعِبَادَةِ رَبِّهِ أَحَدًا (الكهف18/110)

    [12] " إِنَّكَ لَا تَهْدِي مَنْ أَحْبَبْتَ وَلَكِنَّ اللَّهَ يَهْدِي مَنْ يَشَاءُ..." القصص28/56.